Colère et Espoir60

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LE MELI-MELO USA-UE Par Habib ABBA-SIDICK

20150223PHT24717-ml.jpgL’entité politique européenne fraye plus souvent avec l’inanité qu’elle n’incarne la possibilité d’être l’emblème du progrès, tant sa dépendance avérée aux USA ne l’autorise plus à se projeter vers un devenir qu’elle se serait forgé.

Son arrimage accepté aux décisions américaines est dorénavant irréfragable, de par son intégration économique (UE) et militaire (OTAN) avec une devise similaire dans sa gestion (BCE) à celle du dollar (FED), tout en ne disposant pas de sa qualité universelle et des perspectives politiques dépourvues d’autonomie. Désormais, elle n’est qu’un instrument au service de son créateur les USA.

Les récentes positions de l’UE en matière économique, politique et financière sont parvenues à exclure la Fédération de Russie de la géographie du continent européen et à l’assimiler à une nation appartenant à l’ensemble asiatique. En maintenant de telles invraisemblances, l’UE aura été jusqu’à être l’une des instigatrices de la belligérance en Ukraine en soutenant un processus de déstabilisation sur fond d’approvisionnement en méthane, car telle était aussi l’une des raisons dissimulées par l’ordonnanceur américain à l’origine de cette situation belliciste.

L’UE, dont on attribue à Jean Monnet et à Robert Schuman la pertinence, est d’abord l’œuvre des USA lesquels étaient en adéquation avec leurs espérances coïncidant avec la puissance unique du marché et la liberté d’entreprendre sans entraves, et à laquelle l’idée de nation relevait de la répulsion.

La formation de cette union économique européenne débute sur un quiproquo entre Winston Churchill et les USA. Auparavant, en 1926, un aristocrate austro-hongrois le comte Coudenhove-Kalergi fonda l’Union paneuropéenne dont le congrès fondateur, prônant la coopération entre les nations du continent européen, rassembla d’éminentes personnalités du monde des arts, de la littérature et de la politique comme Guillaume Apollinaire, Albert Einstein, Sigmund Freud, Thomas Mann, José Ortega y Gasset, Pablo Picasso, Rainer Maria Rilke, Saint John Perse, Louis Loucheur et Aristide Briand lequel fut désigné aux destinées de cette institution en en devenant son président.

Le comte Coudenhove-Kalergi élargit le concept originel en " États-Unis d’Europe " se référant aux USA. Une déflagration mondiale plus tard, Winston Churchill en 1946 évoqua les " États-Unis d’Europe ". Jean Monnet exilé aux USA pendant le second conflit mondial, où il y menait avec succès ses affaires de négociant en spiritueux, notamment pendant la période de la prohibition, tentait de rallier les cénacles où les décisions politiques et économiques concernant les USA s’établissaient, à l’idée d’une structure fédérale européenne laquelle permettrait de mettre un terme à l’opposition séculaire entre la France et L’Allemagne en favorisant les relations économiques fructueuses, ainsi que la naissance d’institutions politiques européennes.

En 1945, au terme des hostilités et de la victoire des alliés, débute " la Guerre froide " et l’opposition des britanniques et des américains à l’URSS jugée comme expansionniste après avoir libérée le ponant européen de l’occupation nazie. Nonobstant, qu’en octobre 1944 à Moscou, Winston Churchill avait négocié avec Joseph Staline l’obtention respective de " zones d’influences " et que l’URSS n’avait pas l’intention de déroger à ses engagements, ce qu’elle réaffirma en retirant son soutien à l’insurrection déclenchée par le Parti Communiste Grec, que les britanniques réduisirent avec férocité.


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1) Roumanie : Russie 90%, les autres 10%, 2) Grèce : Grande-Bretagne (en accord avec les États-Unis) 90%, Russie 10%, 3) Yougoslavie : 50/50%, 4) Hongrie : 50/50%, 6) Bulgarie : Russie 75%, les autres 25%.

L’année 1948 accueille le Mouvement Européen dont le président d’honneur sera Winston Churchill. Cette organisation unira les démocrates chrétiens , Alcide De Gasperi et Konrad Adenauer et les socialistes, Léon Blum et Paul-Henri Spaak. Auparavant, en 1946 à l’instigation d’un Jean Monnet préférant le clair-obscur, Henri Frenay fondateur du mouvement de libération " Combat " pendant l’occupation, créera l’Union Européenne des Fédéralistes (UEF) laquelle tiendra en 1948 son 1er congrès à Rome et auquel participera l’italien Altiero Spinelli et l’autrichien Eugen Kogon.

D’évidence, si l’idée européenne est le socle de ces diverses nébuleuses, elles n’en ont pas la même interprétation et leurs objectifs divergent. Entre les promoteurs d’un continent européen fédéralisé, politiquement, économiquement et financièrement se rêvant dans l’interdépendance avec les USA et les tenants d’une union de nations dont les perspectives reposeraient sur la coopération, le quiproquo voisinait avec l’imbroglio.

En 1942 surgit le Général Joseph Donovan proche de Franklin Delano Roosvelt auquel il délégua la création de l’OSS (Office of Strategic Services) l’ancêtre de la CIA. Jean Monnet avait des proximités avec le chef de l’OSS comme d’ailleurs avec les personnalités de l’establishment financier américain et des affinités avec Paul Warburg un proche de Rothschild, lequel créa la FED, John Pierpont Morgan (JP Morgan) et Jacob Schiff ( Kuhn Loeb) membres de la Pilgrim’s Society fondée en 1902, entretenant l’indéfectible relation américano-britannique et à l’origine de la CFR (Council of Foreign Relations) en 1920 ; le Groupe de Bilderberg en 1954 ; et la Commission Trilatérale en 1973. Ces organismes ont une philosophie commune, l’intégration économique et l’abandon par les nations de leur souveraineté à des instances supranationales, la Commission Européenne, à ce titre, en est une.

Le 5 janvier 1949 naquit l’ACUE (American Committee on United Europe Comité américain de l’Europe Unie) à New York. Son dirigeant en est le Major-Général Joseph Donovan (Fondateur de l’OSS et membre de la CIA succédant à l’OSS depuis le 15 septembre 1947) secondé par Allen W. Dulles (Ancien de l’OSS, président du CFR et futur directeur de la CIA), Thomas W. Braden (Ancien de l’OSS, futur directeur adjoint de la CIA), ainsi que David Dubinsky, Arthur Golberg et Jay Lovestone, (Membres de L’AFL-CIO à l’origine de la scission de la CGT dont est issue FO ). Cette organisation fut soutenue financièrement par les fondations Ford et Rockfeller. Sa mission était de propager " l’idée européenne " au service des USA et endiguer la progression de l’URSS et du communisme. En cela, l’intervention des USA rejoignait les préoccupations de Jean Monnet en phase avec le déploiement de ce processus.

Le 4 avril 1949, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et la France engagent le Pacte de l’Atlantique-Nord (OTAN).

Le 10 août 1952, la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier) est établie au Luxembourg, elle sera dirigée par Jean Monnet jusqu’en 1955. Profitant de cette opportunité, puisqu’il s’agit de la première tentative d’institutionnaliser cette Union européenne embryonnaire, René Pleven (membre de la SFIO, le PS actuel) proposa en 1950 la CED (Communauté européenne de Défense), que François Hollande n’omettra pas d’actualiser quelques mois avant sa déchéance de présidence. Le PCF et les Gaullistes s’y opposèrent avec détermination et obtinrent son rejet le 30 août 1954.

Joseph Donovan président de l’ACUE, le 26 juillet 1950, dans un mémorandum précisait les modalités de la réalisation d’une campagne de propagande en faveur de l’établissement d’un parlement européen. Son successeur le 11 juin 1965 par une adresse au vice-président de la Communauté Économique Européenne (CCE devenue depuis l’UE) Robert Marjolin, un proche de Jean Monnet, lui enjoignait d’introduire prudemment l’union monétaire européenne.

Une cellule de la CIA, dans les années 50, supervisée par Frank Gardiner Wisner s’occupa du support de la propagande et des " psyop " au service de " l’idée européenne ". Frank Wisner dirigea en 1953 le putsch ayant permis au shah d’Iran de mettre un terme au mandat démocratiquement acquis par le Dr Mossadegh. Il est le géniteur de Frank George Wisner, diplomate et proche des Néocons, lequel épousa en seconde noce Christine de Ganay, ancienne épouse de Pal Sarkozy, marâtre de Nicolas Sarkozy et mère de son demi-frère Olivier Sarkozy.


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De 1949 à 1959, les USA, par l’intermédiaire de la CIA et de l’ACUE dispensèrent l’équivalent de 50 millions de dollars actuels à toutes les organisations s’identifiant à l’édification de l’identité européenne, parmi lesquels le Mouvement Européen de Winston Churchill et l’UFE d’Henri Frenay de manière à endiguer le communisme et l’expansionnisme prêté à l’URSS.

Bien souvent, les mânes de Jean Monnet et de Robert schuman sont appelés à la rescousse, lorsque leurs successeurs veulent raviver " l’idée européenne ". Récemment encore, le président de la république s’en est remis à eux de manière à fustiger le Brexit et célébrer l’immuable lien franco-allemand dont l’absence serait le prélude à la désintégration européenne.

Robert schuman, pétainiste, membre du gouvernement de Pétain, fut condamné à la libération à l’indignité nationale et néanmoins pardonné par Charles De Gaulle, sera le concepteur et l’auteur de la CECA et le principal rédempteur de la relation entre la France et l’Allemagne.

Jean Monnet, aventurier fortuné, débute son existence de négociant en spiritueux dans la société paternelle. Véritable homme d’affaires, il tisse de nombreux relations en Grande-Bretagne et aux USA, où il y développe son négoce. Parallèlement, il se forge une réputation lui permettant d’accéder aux sphères du pouvoir en Grande-Bretagne et surtout aux USA. Il y répandra sa vision d’un continent européen fédéralisé, disposant de structures supranationales. Les archives américaines récemment accessibles révèlent que dans une missive classifiée et adressée le 6 mai 1943 à Harry Hopkins ministre américain des relations extérieures, Jean Monnet infère à propos de Charles de Gaulle «Il faut se résoudre à conclure que l'entente est impossible avec lui ; qu'il est un ennemi du peuple français et de ses libertés ; qu'il est un ennemi de la construction européenne, qu'en conséquence il doit être détruit dans l'intérêt des Français.»

Décidément, très en verve, le 5 août 1943 s’adressant à Franklin D Roosvelt, dont il est devenu un proche assistant, il définit sa vision européenne "Il n’y aura pas de paix en Europe si les États se reconstituent sur la base de souverainetés nationales. Ils devront former une fédération qui en fasse une unité économique commune ". On est très éloigné du rapport messianique que chaque responsable politique hexagonal tend à nous soumettre lorsqu’il évoque l’illustre panthéonisé, lequel s’assimile davantage à un tycoon qu’il était et que ses propos d’hier révèlent, qu’il n’était le visionnaire politique que l’on célèbre.

L’UE, dans sa réalité immédiate, propose un assemblage de territoires auxquels toute souveraineté est proscrite, disposant d’une monnaie unique au service de l’agiotage pratiqué par les trusts financiers transnationaux et en particulier ceux des USA (JP Morgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of America, Citigroup, JPMorgan Chase & Co. Wells Fargo) inféodés aux Rothschild de Londres. Ce processus est justifié, comme originellement, par la propension que la Fédération de Russie, auparavant l’URSS, aurait d’envahir le frêle occident européen dont l’existence nécessite son intégration militaire à l’OTAN, organisation suggérée par les USA et ayant toujours la Pologne en dénominateur commun, que Franklin Delano Roosvelt accusait «de créer des ennuis depuis plus de cinq siècles». Jean Monnet et Robert Schuman n’auraient pas renié le produit de leur œuvre.

La Pologne et les territoires Baltes réactivent le mythe de l’occupation par la Fédération de Russie de la partie occidentale du continent européen, autorisant les USA à préconiser la pérennisation de l’OTAN dont l’existence n’est plus justifiée depuis le délitement du Pacte de Varsovie. Pendant que l’Ukraine fonctionne tel un point de fixation entravant le déploiement des "sentiers de la soie " soutenus par la République Populaire de Chine et la Fédération de Russie.

La Fédération de Russie par l’intermédiaire de son entreprise nationale Gazprom a décidé en coopération avec plusieurs entreprises européennes Uniper et Wintershall, d’Allemagne ; OMV, d’Autriche ; Engie, de France et l’anglo-néerlandaise Shell de la mise en œuvre d’un réseau d’acheminement du méthane le North Stream II destiné à pourvoir aux besoins de l’Allemagne. Le coût de ce projet est évalué à 9.5 milliards €.


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Les USA manifestent leur désapprobation en incitant la Suède, les Baltes et la Pologne, nations affectés par le parcours de l’ouvrage, à entretenir l’illusion d’une belliqueuse Fédération de Russie en espérant que l’UE s’opposera à la réalisation de ce projet et préférera s’approvisionner en méthane auprès des USA. Une telle conclusion serait un non-sens économique.

Les divers embargos décidés par les USA et approuvés par l’UE ont provoqué en 2016 un dommage équivalent à 900 millions € au détriment des exportations issues de l’agro-alimentaire française à destination de la Fédération de Russie. Globalement, le volume des exportations hexagonales vers la fédération de Russie situé aux alentours de 368.8 millions$, ne serait plus que de 23,3 millions$ en 2016. À contrario, la Russie a paré à cet inconvénient en s’adressant à d’autres exportateurs et surtout, elle a entrepris de dynamiser son agriculture en développant sa production domestique.

D’ailleurs, aux mêmes maux succèdent les mêmes résolutions, l’UE démontre par ses orientations que la nature des institutions européennes s’identifie à son origine procédant de la résolution américaine mue par un anti-communisme atavique, lequel par translation s’est transformé en frénésie anti-russe au service de la prospérité de son complexe militaro-industriel.

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